Un faux départ · Texte de Christophe Pradel
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Dix ans plus tard, ce souvenir continue à me hanter.
Je suis seul. Enfin, pas vraiment. Je suis avec moi-même, et c’est déjà pas mal. Je réfléchis. Et pourtant personne ne semble me voir ou se voir dans mes yeux. Tout est noir. Enfin pas vraiment. Pas d’images, une perception de faibles lueurs indéfinissables, dessinant une fresque morbide aux teintes tristes et mouvantes, passant du noir profond au brun rougeâtre du sang séché. Je dois avoir les yeux fermés, enfin, je le pense, mais rien ne me ramène à leur existence. Aucune sensation de leur mouvement, aucune trace des poussières que je voyais nager sur la rétine lorsque, enfant, allongé sur le sable, yeux fermés, face au soleil, je refaisais le monde.
Je perçois une odeur, familière mais si loin de moi. Comme si mon odeur avait fait place à une humeur plus froide, chimique, étrangère mais rassurante. Oui, c’est ça, une odeur d’hôpital. J’ai enfin pu mettre un mot sur ce que je ressens, et du coup, je me mets à exister. Je sais qui je suis. Où ? Quand ? Pourquoi ? Je ne le sais pas encore, mais il semble que je sois vivant. Je sens enfin mes yeux, leurs mouvements hésitants derrière les paupières fermées. C’est tout pour le moment, mais c’est déjà beaucoup. Je n’ai pas peur, pourquoi aurais-je peur ?
Fin de l’épisode 01