Un faux départ · Texte de Christophe Pradel
Le Polaroïd du néant
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J’entrouvre enfin les yeux. Ils sont secs. Je voudrais les frotter comme je le fais toujours en me réveillant. Mais mes bras et mes mains n’existent pas encore. Patience. Les images sont encore floues, mais je perçois au-dessus de moi un plafond blanc et froid, derrière moi un mur plein de prises, de câbles, de tuyaux. À droite, une poche de liquide transparent suspendue. Pas de doute, on est bien à l’hôpital.
Pourquoi suis-je là ? Qui est là ? Je ne le sais pas encore. Je suis trop épuisé pour tenter d’analyser la situation. Je suis là et c’est déjà pas mal. Après avoir cligné des yeux, tout se précise. Des gens en blouse blanche se penchent de temps en temps sur moi. Ils semblent me parler, mais ce que j’entends n’est qu’un brouhaha dont je comprends seulement l’intention apaisante. J’essaye de parler, mais rien ne vient, comme si je n’avais plus de corps. Juste des yeux et une âme qui serait venue dire adieu avant de partir.
Mais que m’est-il arrivé ? Tout se bouscule dans ma tête, enfin… mon âme de défunt. J’ai tout oublié. J’ai beau essayer de me refaire le film, je tourne en boucle, rien de plus que ces quelques minutes que je viens de vivre, enfin… si je suis encore vivant. Je me force à penser à avant, j’invoque mes souvenirs d’enfant, d’adolescent, d’homme… Mais je ne sais même plus quel âge j’ai. J’essaie de tromper la mort en imaginant ceux qui se penchent sur moi me montrant une photo, mais seul apparait un cliché de polaroïd qui dévoile lentement le néant.
Fin de l’épisode 02